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Mon handicap a été une chance! Un entretien avec Latiki au Mali

Dans le cadre du projet Voice : De l’ombre à la lumière, AJCAD met à la lumière ce mois le jeune Latiki, passionné de lecture qui ne baisse pas les bras malgré ou peut-être grace a son handicap. A lire!

Qui est Latiki ?
Mon nom est Sidiki dit Latiki KOUMA, né à Niaréla (Bamako), fils de Sidy ancien fonctionnaire à la retraite et de Fatoumata Sylla dite Gnagna ménagère. J’ai grandit dans une famille traditionnelle entouré par trois grandes sœurs et deux grands frères.

Comment a été ton enfance ?
Né avec mon handicap physique des deux membres inferieurs, j’ai subi beaucoup d’opérations chirurgicales notamment à l’Hopital Gabriel Toure et l’Hopital de Markala dès mes 2 à 4 ans. Ma maman était tout le temps à mes côtés. Cette volonté ardente de rétablir mes jambes venait de mon père qui à l’époque comptait trouver une solution, n’importe laquelle à cet handicap. En grandissant voyant ces traces sur mes membres inferieurs, je lui ai demandé « Bâ, pourquoi ces cicatrices sur mes pieds ? » il me répondit « j’ai fait tout cela pour que tu saches un jour que j’ai fait de mon mieux pour que tu puisses marcher comme les autres ».
Etant le benjamin de la famille KOUMA, j’ai été envoyé à mes 6 ans à Sizani (Sansanding) mon village d’origine avec ma maman, mes frères et sœurs pour apprendre le saint coran et connaitre les autres membres de la grande famille KOUMA. Dans le milieu Soninké, chaque enfant a le devoir d’aller au village pour se ressourcer sur sa culture, son identité et ses origines. J’y ai passé 02 ans comme tout bon musulman à apprendre le saint coran et l’Islam.

As-tu un diplôme ?
J’ai été inscrit à l’école fondamentale de Sansanding, après trois ans je suis retourné a Bamako pour poursuivre mes études j’obtiens mon DEF à l’école du pédagogue à Djicoroni-para. J’échouai 7 fois à l’examen du Baccalauréat dû à certains problèmes familiaux, je changeais de lycée à lycée aussi bien de la rive gauche que sur la rive droite de Bamako. Je suis fière de dire maintenant que je suis étudiant en 4ème année finance comptabilité.

Quelles sont les difficultés auxquelles tu es confronté dû à ton handicap ?
Beaucoup, en voulant faire les arts martiaux, j’ai été brutalement rejeté par un maitre qui a refusé de m’apprendre car je ne suis pas comme les autres. C’était la première fois qu’on me dise que je suis différent des autres. Ça m’embête de voir que dans notre société, la majorité des personnes refusent de partager la vie d’un handicapé. Une personne handicapée est vue comme un fardeau quelqu’un à qui il faut toujours de l’aide alors qu’on a tous un jour ou l’autre besoin d’aide quelque part. Par exemple quand un enfant handicapé nait dans une famille la plupart des parents voient déjà un sac a problème, un fardeau (entretien, éducation et biens d’autres comme si ce n’est plus un enfant comme les autres) au delà de ça, il y a un refus de la majorité de la société qui marginalise la personne handicapée. Quand il s’agit d’entretenir une relation amoureuse, personne ne veux de toi, on te donne de faux espoirs. Et oui c’est ça notre quotidien !

Tu es très engagé dans le monde du développement, d’où vient cet amour pour les mouvements associatifs ?
J’ai tout le temps aimé la chaleur Humaine, partager mon expérience et en acquérir également, en un mot être utile. J’en suis passionné car l’on apprend toujours. Je ne suis pas intéressé par les postes mais plutôt par le résultat. Pour faire état de mon engagement, je suis membre actif de l’Association des Jeunes pour la Citoyenneté Active te la Démocratie (AJCAD) et co-fondateur du Mouvement Jeunesse Avenir (M.J.A-Mali). Je suis aussi animateur bénévole à la radio Jigi de Kati et Nassira-oulé mais aussi formateur en communication sur l’art de la parole en public.

De quoi parles-tu dans ton livre ?
(Rire…) Oui, je suis l’auteur du livre « La culture de chez nous » publié en 2016 aux éditions La Sahélienne qui traite de la culture malienne inspirée de ma vie dans le milieu soninké. Ce livre a été primé à l’issue du concours national Transcrire la mémoire de notre Société organisé par le centre PEN Mali et le Mouvement Malivaleurs mais aussi lauréat du prix Bakari Kamian. Passionné de lecture depuis l’enfance, je commençais à écrire à l’âge de 17 ans. J’ai été 4ième du concours national de poésie en septembre 2015.

Comment vois-tu ton handicap ?
Personnellement je vois mon handicap comme une chance, il n’est pas donné à tout le monde de l’être. Je vois et comprends des choses que les autres ne voient pas et auront du mal à comprendre. C’est comme avoir un sixième sens, je peux me mettre à la place d’autres personnes en situation d’handicap. Je me vois aussi comme valide car je sais nager, monter sur un arbre, je joue au foot avec mes amis en plus je suis un bon chasseur et ce depuis mon enfance.  Je suis handicapé physique, mais cet handicap m’empêche en rien, car comme le dit mon père, « Un Homme c’est la tête. ». J’ai 28 ans, célibataire sans enfant, qui pense bientôt à fonder sa famille. Mon handicap ne m’empêche pas de travailler, d’aller aux réunions associatives et même d’écrire. Je me vois comme un homme plein de potentiels et d’ambition comme toute personne.

Ton mot de fin
Un homme c’est un cœur et la raison pas seulement le physique.

Cet entretien a été fait par AJCAD, dans le cadre du projet De l’ombre à la lumière,  un projet d’’ Innovation et Apprentissage de Voice au Mali qui vise à changer les perceptions dans le media des personnes en situation d’handicap.

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